L’œuvre balzacienne
I La dimension réaliste des récits balzaciens.
L’objectif que se fixe Balzac en écrivant les romans qui font partie du cycle de la Comédie humaine (1829-1850), c’est de « copi[er] toute la Société, la saisissant dans l’immensité de ses agitations » (avant-propos de la Comédie humaine). En d’autres termes, Balzac fait sienne l’esthétique du reflet revendiquée par Stendhal, et se propose de saisir en plein mouvement toute la France de la Restauration. Dès lors, comme il le dit lui-même, il « fai[t] concurrence à l’État-Civil » (avant-propos de la Comédie humaine) en mettant en scène quelque 2000 personnages qui reviennent d’un roman à l’autre. Cette technique, inventée vers 1835, permet à Balzac de « relier ses compositions l’une à l’autre de manière à coordonner une histoire complète, dont chaque chapitre [est] un roman, et chaque roman une époque » (avant-propos de la Comédie humaine). Les romans qui composent la Comédie humaine se retrouvent en définitive regroupés en vastes ensembles qui couvrent à peu près toutes les strates de la société française de la Restauration, exception faite du milieu ouvrier : Scènes de la vie privée, Scènes de la vie de province (auxquelles appartient Eugénie Grandet), Scènes de la vie parisienne, Scènes de la vie politique, Scènes de la vie militaire, Scènes de la vie de campagne.
II Une vision globale de la société française de la Restauration.
La dimension totalisante du projet littéraire balzacien repose avant tout sur un processus de typification : comme l’auteur réaliste ne peut vraiment mettre en scène tous les acteurs de la société de son époque, il s’en tient à un certain nombre de personnages qui sont autant de types, c’est-à-dire des échantillons représentatifs de toute une « espèce » sociale (au sens strictement zoologique du terme).
Complétez ce tableau :
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Nom du personnage |
Fonction sociale/métier |
Caractère |
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Félix Grandet |
tonnelier, vigneron
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L’avare, le rusé |
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Madame Grandet |
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Eugénie Grandet |
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Charles Grandet |
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Nanon |
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Maitre Cruchot
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Le président de Bonfont, neveu de M.Cruchot |
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M.des Grassins |
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Adolphe |
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III Les lieux chez Balzac : Un «réalisme topographique».
Si on examine le parcours biographique des héros balzaciens, on s’aperçoit qu’il se réfère à leur appartenance à tel ou tel « cercle » social. Les descriptions qui abondent dans la Comédie humaine ont pour fonction de compléter les éléments biographiques par les précisions d’une topographie elle aussi conforme à la hiérarchie des cercles sociaux. Il y a en somme une sorte de projection métonymique (rapport de ressemblance, de proximité) du personnage sur son milieu, son environnement.
Voici les premières lignes du roman Eugénie Grandet.
« Il se trouve dans certaines provinces des maisons dont la vue inspire une mélancolie égale à celle que provoquent les cloîtres les plus sombres, les landes les plus ternes ou les ruines les plus tristes. Peut-être y a-t-il à la fois dans ces maisons et le silence du cloître, et l’aridité des landes, et les ossements des ruines. La vie et le mouvement y sont si tranquilles qu’un étranger les croirait inhabitées, s’il ne rencontrait tout à coup le regard pâle et froid d’une personne immobile dont la figure à demi monastique dépasse l’appui de la croisée, au bruit d’un pas inconnu. »
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En quoi cette description des lieux du roman est-elle à l’image de la vie d’Eugénie au début et à la fin du roman ?
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L’imaginaire topographique qui se déploie dans les fictions balzaciennes est si prégnant qu’il offre au lecteur un critère très sûr pour départager les personnages : d’une part il y a ceux qui sont mobiles et peuvent donc changer de « cercle », en partant à la conquête d’un milieu social auquel ils ne sauraient en principe aspirer ; d’autre part, on a ceux qui sont pour ainsi dire frappés d’immobilité, défaut rédhibitoire ( qui a un défaut inacceptable) qui les condamne définitivement à une vie médiocre. Font partie de la première catégorie des personnages dotés d’une force intérieure qui leur permettra finalement de percer, en repoussant sans cesse leurs limites.
Remplissez ce tableau. Pour chaque personnage, justifiez votre classement en quelques mots.
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Les personnages mobiles et ambitieux |
Les personnages immobiles aux vies médiocres |
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IV Un matérialisme déterminant
a) Les objets
Les objets ont une importance prépondérante chez Balzac, parce qu’ils sont intimement liés à la démarche des personnages dont ils sont en quelque sorte le prolongement, comme Balzac l’explique dans (avant-propos de la Comédie humaine): « Ainsi l’œuvre à faire devait avoir une triple forme : les hommes, les femmes et les choses, c’est-à-dire les personnes et la représentation matérielle qu’ils donnent de leur pensée ».
Choisissez trois objets importants dans le roman. Précisez à qui ils appartiennent et interprétez leur lien avec le personnage et leur symbolique.
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Objet |
Propriétaire de l’objet |
Lien avec le personnage et symbolique |
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b) Les structures économiques
Balzac procède systématiquement à une description détaillée du contexte économique au sein duquel évoluent ses personnages, en accordant à ce contexte une importance primordiale : le parcours des héros balzaciens et les événements auxquels ils doivent faire face sont par définition liés aux fluctuations de l’activité économique au sein du « cercle » social dont ils font partie intégrante.
Dans le roman, Paris s’oppose à la province. Pourquoi ?
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Pourquoi M.Grandet n’aime-t-il pas les Parisiens ?
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c) L’érotisme et le désir.
Balzac insiste également sur les désirs érotiques, parfois sexuels qui animent ses personnages (les hommes comme les femmes), et influent de façon décisive sur leur comportement et leur parcours. Pour évoquer les débordements érotiques et sexuels de ses héros sans écorcher les chastes oreilles de ses lecteurs du XIXème siècle…, Balzac recourt à toutes sortes d’ellipses, de métaphores et de formules allusives suggestives à souhait !
Comment se manifestent les désirs érotiques des personnages ?
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d) « La (…) loi du soi pour soi » : l’individualisme des héros balzaciens.
Les héros balzaciens vivent déjà dans un monde dominé par le capitalisme, et font preuve pour la plupart d’un individualisme féroce: ceux qui veulent s’élever socialement sont prêts à tout pour parvenir à leurs fins, et les autres pour maintenir leur position et protéger leurs acquis. En dépit de l’insistance de Balzac sur le fait que son œuvre donnerait à voir « plus de personnages vertueux que de personnages répréhensibles », l’univers qu’il décrit est globalement amoral et régi à la base par « la (…) loi du soi pour soi » (avant-propos de la Comédie humaine). Les intérêts économiques pervertissent les rapports entre les êtres humains. Un grand nombre de personnages balzaciens aliènent et instrumentalisent d’autres personnages afin d’assouvir leur appétit de pouvoir et/ou de promotion sociale.
Comment se manifeste cet individualisme chez les personnages masculins dans Eugénie Grandet ?
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Les relations qui se nouent entre les héros balzaciens sont fondamentalement des relations de combat, qu’il s’agisse de la vie privée, de la vie mondaine, de la vie littéraire ou de la vie politique. Les affrontements entre deux ou plusieurs personnages se trouvent évidemment au cœur de l’intrigue des romans balzaciens.
Evoquez une scène de conflit dans le roman
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V La dimension poétique des récits balzaciens
La dimension poétique des récits balzaciens se manifeste essentiellement à travers le recours massif à des images verbales, qui poétisent le « réel » fictionnel. Effectivement, Balzac utilise en permanence des images verbales de toutes sortes dans ses descriptions, et en particulier dans ses portraits. Comme vous le savez peut-être, ces derniers sont sous-tendus par un réseau de métaphores animalières évoqué dès l’avant-propos de la Comédie humaine (Balzac se proposant d’établir une « comparaison entre l’Humanité et l’Animalité »). En effet, chaque personnage balzacien est représentatif de toute une espèce (au sens strictement zoologique) : Balzac a été profondément influencé par la démarche des spécialistes de « l’histoire naturelle » comme Buffon ou Cuvier, qui étudient de manière scientifique les caractéristiques des animaux et des plantes. À ses yeux, chaque espèce sociale obéit à son déterminisme propre, et c’est ce déterminisme qui commande son comportement (un peu comme dans une jungle chacune des espèces animales se comporte selon les caractéristiques propres à son espèce).
Ainsi, Monsieur Grandet est assimilé à un « tigre» et un « boa ». De toute évidence, une telle description n’est ni réaliste ni scientifique ! L’assimilation de M.Grandet à un « tigre » et un « boa » est un rapprochement purement métaphorique et poétique.
Proposez, comme l’a fait Balzac, des métaphores animales pour les personnages suivants et justifiez-les:
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Personnage |
Métaphore animale |
Justification |
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M.Grandet |
« Financièrement parlant, monsieur Grandet tenait du tigre et du boa » |
Justification de Balzac « il savait se coucher, se blottir, envisager longtemps sa proie, sauter dessus ; puis il ouvrait la gueule de sa bourse, y engloutissait une charge d’écus, et se couchait tranquillement, comme le serpent qui digère, impassible, froid, méthodique. Personne ne le voyait passer sans éprouver un sentiment d’admiration mélangé de respect et de terreur. » |
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Eugénie Grandet |
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Madame Grandet |
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Charles Grandet |
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Nanon |
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