samedi 17 octobre 2020

Une première de couverture

 


 

Pour accompagner votre lecture et préparer l'évaluation du 20 novembre, étudiez et réalisez ces activités.

 

L’œuvre balzacienne

 

I La dimension réaliste des récits balzaciens.

L’objectif que se fixe Balzac en écrivant les romans qui font partie du cycle de la Comédie humaine (1829-1850), c’est de « copi[er] toute la Société, la saisissant dans l’immensité de ses agitations » (avant-propos de la Comédie humaine). En d’autres termes, Balzac fait sienne l’esthétique du reflet revendiquée par Stendhal, et se propose de saisir en plein mouvement toute la France de la Restauration. Dès lors, comme il le dit lui-même, il « fai[t] concurrence à l’État-Civil » (avant-propos de la Comédie humaine) en mettant en scène quelque 2000 personnages qui reviennent d’un roman à l’autre. Cette technique, inventée vers 1835, permet à Balzac de « relier ses compositions l’une à l’autre de manière à coordonner une histoire complète, dont chaque chapitre [est] un roman, et chaque roman une époque » (avant-propos de la Comédie humaine). Les romans qui composent la Comédie humaine se retrouvent en définitive regroupés en vastes ensembles qui couvrent à peu près toutes les strates de la société française de la Restauration, exception faite du milieu ouvrier : Scènes de la vie privée, Scènes de la vie de province (auxquelles appartient Eugénie Grandet), Scènes de la vie parisienne, Scènes de la vie politique, Scènes de la vie militaire, Scènes de la vie de campagne.

II Une vision globale de la société française de la Restauration.

La dimension totalisante du projet littéraire balzacien repose avant tout sur un processus de typification : comme l’auteur réaliste ne peut vraiment mettre en scène tous les acteurs de la société de son époque, il s’en tient à un certain nombre de personnages qui sont autant de types, c’est-à-dire des échantillons représentatifs de toute une « espèce » sociale (au sens strictement zoologique du terme).

Complétez ce tableau :

Nom du personnage

Fonction sociale/métier

Caractère

Félix Grandet

tonnelier, vigneron

 

L’avare, le rusé

Madame Grandet

 

 

 

Eugénie Grandet

 

 

 

Charles Grandet

 

 

 

Nanon

 

 

 

Maitre Cruchot

 

 

 

 

 

Le président de Bonfont, neveu de M.Cruchot

 

 

M.des Grassins

 

 

 

Adolphe

 

 

 

III Les lieux chez Balzac : Un «réalisme topographique».

Si on examine le parcours biographique des héros balzaciens, on s’aperçoit qu’il se réfère à leur appartenance à tel ou tel « cercle » social. Les descriptions qui abondent dans la Comédie humaine ont pour fonction de compléter les éléments biographiques par les précisions d’une topographie elle aussi conforme à la hiérarchie des cercles sociaux. Il y a en somme une sorte de projection métonymique (rapport de ressemblance, de proximité) du personnage sur son milieu, son environnement.

Voici les premières lignes du roman Eugénie Grandet.

 

« Il se trouve dans certaines provinces des maisons dont la vue inspire une mélancolie égale à celle que provoquent les cloîtres les plus sombres, les landes les plus ternes ou les ruines les plus tristes. Peut-être y a-t-il à la fois dans ces maisons et le silence du cloître, et l’aridité des landes, et les ossements des ruines. La vie et le mouvement y sont si tranquilles qu’un étranger les croirait inhabitées, s’il ne rencontrait tout à coup le regard pâle et froid d’une personne immobile dont la figure à demi monastique dépasse l’appui de la croisée, au bruit d’un pas inconnu. »

 

En quoi cette description des lieux du roman est-elle à l’image de la vie d’Eugénie au début et à la fin du roman ?

 

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L’imaginaire topographique qui se déploie dans les fictions balzaciennes est si prégnant qu’il offre au lecteur un critère très sûr pour départager les personnages : d’une part il y a ceux qui sont mobiles et peuvent donc changer de « cercle », en partant à la conquête d’un milieu social auquel ils ne sauraient en principe aspirer ; d’autre part, on a ceux qui sont pour ainsi dire frappés d’immobilité, défaut rédhibitoire ( qui a un défaut inacceptable) qui les condamne définitivement à une vie médiocre. Font partie de la première catégorie des personnages dotés d’une force intérieure qui leur permettra finalement de percer, en repoussant sans cesse leurs limites.

Remplissez ce tableau. Pour chaque personnage, justifiez votre classement en quelques mots.

Les personnages mobiles et ambitieux

Les personnages immobiles aux vies médiocres

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IV Un matérialisme déterminant

a) Les objets

Les objets ont une importance prépondérante chez Balzac, parce qu’ils sont intimement liés à la démarche des personnages dont ils sont en quelque sorte le prolongement, comme Balzac l’explique dans (avant-propos de la Comédie humaine): « Ainsi l’œuvre à faire devait avoir une triple forme : les hommes, les femmes et les choses, c’est-à-dire les personnes et la représentation matérielle qu’ils donnent de leur pensée ».

Choisissez trois objets importants dans le roman. Précisez à qui ils appartiennent et interprétez leur lien avec le personnage et leur symbolique.

Objet

Propriétaire de l’objet

Lien avec le personnage et symbolique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

b) Les structures économiques

Balzac procède systématiquement à une description détaillée du contexte économique au sein duquel évoluent ses personnages, en accordant à ce contexte une importance primordiale : le parcours des héros balzaciens et les événements auxquels ils doivent faire face sont par définition liés aux fluctuations de l’activité économique au sein du « cercle » social dont ils font partie intégrante.

Dans le roman, Paris s’oppose à la province. Pourquoi ?

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Pourquoi M.Grandet n’aime-t-il pas les Parisiens ?

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c) L’érotisme et le désir.

Balzac insiste également sur les désirs érotiques, parfois sexuels qui animent ses personnages (les hommes comme les femmes), et influent de façon décisive sur leur comportement et leur parcours.  Pour évoquer les débordements érotiques et sexuels de ses héros sans écorcher les chastes oreilles de ses lecteurs du XIXème siècle…, Balzac recourt à toutes sortes d’ellipses, de métaphores et de formules allusives suggestives à souhait !

Comment se manifestent les désirs érotiques des personnages ?

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d) « La (…) loi du soi pour soi » : l’individualisme des héros balzaciens.

Les héros balzaciens vivent déjà dans un monde dominé par le capitalisme, et font preuve pour la plupart d’un individualisme féroce: ceux qui veulent s’élever socialement sont prêts à tout pour parvenir à leurs fins, et les autres pour maintenir leur position et protéger leurs acquis. En dépit de l’insistance de Balzac sur le fait que son œuvre donnerait à voir « plus de personnages vertueux que de personnages répréhensibles », l’univers qu’il décrit est globalement amoral et régi à la base par « la (…) loi du soi pour soi » (avant-propos de la Comédie humaine). Les intérêts économiques pervertissent les rapports entre les êtres humains. Un grand nombre de personnages balzaciens aliènent et instrumentalisent d’autres personnages afin d’assouvir leur appétit de pouvoir et/ou de promotion sociale.

Comment se manifeste cet individualisme chez les personnages masculins dans Eugénie Grandet ?

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Les relations qui se nouent entre les héros balzaciens sont fondamentalement des relations de combat, qu’il s’agisse de la vie privée, de la vie mondaine, de la vie littéraire ou de la vie politique. Les affrontements entre deux ou plusieurs personnages se trouvent évidemment au cœur de l’intrigue des romans balzaciens.

Evoquez une scène de conflit dans le roman

 

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V La dimension poétique des récits balzaciens

La dimension poétique des récits balzaciens se manifeste essentiellement à travers le recours massif à des images verbales, qui poétisent le « réel » fictionnel. Effectivement, Balzac utilise en permanence des images verbales de toutes sortes dans ses descriptions, et en particulier dans ses portraits. Comme vous le savez peut-être, ces derniers sont sous-tendus par un réseau de métaphores animalières évoqué dès l’avant-propos de la Comédie humaine (Balzac se proposant d’établir une « comparaison entre l’Humanité et l’Animalité »). En effet, chaque personnage balzacien est représentatif de toute une espèce (au sens strictement zoologique) : Balzac a été profondément influencé par la démarche des spécialistes de « l’histoire naturelle » comme Buffon ou Cuvier, qui étudient de manière scientifique les caractéristiques des animaux et des plantes. À ses yeux, chaque espèce sociale obéit à son déterminisme propre, et c’est ce déterminisme qui commande son comportement (un peu comme dans une jungle chacune des espèces animales se comporte selon les caractéristiques propres à son espèce).

Ainsi, Monsieur Grandet est assimilé à un « tigre» et un « boa ». De toute évidence, une telle description n’est ni réaliste ni scientifique ! L’assimilation de M.Grandet à un « tigre » et un « boa » est un rapprochement purement métaphorique et poétique.

Proposez, comme l’a fait Balzac, des métaphores animales pour les personnages suivants et justifiez-les:

Personnage

Métaphore animale

Justification

M.Grandet

« Financièrement parlant, monsieur Grandet tenait du tigre et du boa »

Justification de Balzac « il savait se coucher, se blottir, envisager longtemps sa proie, sauter dessus ; puis il ouvrait la gueule de sa bourse, y engloutissait une charge d’écus, et se couchait tranquillement, comme le serpent qui digère, impassible, froid, méthodique. Personne ne le voyait passer sans éprouver un sentiment d’admiration mélangé de respect

et de terreur. »

Eugénie Grandet

 

 

 

 

 

 

Madame Grandet

 

 

 

 

Charles Grandet

 

 

 

 

Nanon

 

 

 

 

 

 

 

mercredi 7 octobre 2020

Van Gogh, "Autoportrait à Saint Remy" (1889)


 

Francis Bacon, autoportrait

 


Le portrait-cours à étudier pour mardi 13 octobre

 

Le portrait

 

Le portrait est une forme de la description, appliquée à un personnage. Il se rencontre dans le roman, mais aussi dans le dialogue de théâtre ou en poésie. Au XVIIe siècle, c'est presque un

« genre » à part entière. Un portrait se définit par des caractères spécifiques qui permettent de l'identifier, de l'analyser et de déterminer sa fonction. Il existe plusieurs types de portraits.

 

Les différents portraits

 

-Un personnage peut être décrit par son aspect extérieur, les traits de son visage, son vêtement. Dans ces portraits domine le vocabulaire concret : champ lexical de l'anatomie, du vêtement ; champ lexical des sensations.

 

-Lorsqu'un personnage est décrit par ses traits de caractère, ses qualités ou ses défauts, ses attitudes, ses goûts, on a un portrait psychologique ou moral. Dans ces portraits domine le vocabulaire abstrait : lexique moral, champ lexical de la pensée, du sentiment.

 

-Mais le physique et le psychologique sont le plus souvent mêlés dans le portrait. Les portraits les plus intéressants sont ceux qui, à travers une description physique, parviennent à relever un trait de caractère.

 

Analyser un portrait

 

Pour lire méthodiquement un portrait, il est utile d'être attentif aux points suivants :

 

L’organisation du portrait : elle met en évidence, suivant un certain ordre, les caractéristiques

du personnage. Le portrait peut se faire du plus apparent au plus précis, de haut en bas…

Un portrait peut être statique (le personnage est immobile) ou dynamique (le personnage est en mouvement).

Le point de vue : la façon dont est décrit un personnage dépend de la perception de celui qui le regarde. Le portrait met donc en jeu le phénomène de focalisation. Ce phénomène agit également sur la tonalité du portrait.

Le registre : un portrait est rarement neutre ou objectif. L'éloge ou la critique, l'admiration ou le mépris sont perceptibles à l'emploi d'un vocabulaire dévalorisant ou laudatif (élogieux).

Un portrait renseigne donc à la fois sur celui qui est décrit et celui qui voit.

 

Le rôle du portrait

 

Un des rôles du portrait est d'informer. Lorsqu'un lecteur découvre un personnage dans un roman, un portrait lui permet de se le représenter, de le situer par exemple socialement.

 

Le portrait a aussi un rôle de révélateur. Il permet de traduire les sentiments ou les pensées cachées d'un personnage, qui « se lisent » sur sa physionomie. Il fait apparaître aussi, selon la tonalité employée, l'appréciation et les sentiments de celui qui voit. Il permet parfois de rendre sensibles des phénomènes d'évolution : effet de l'âge, ascension, ou déchéance sociale.

 

Le portrait enfin peut avoir une fonction symbolique, une portée qui dépasse ce qu'il décrit : un personnage peut incarner toute une classe sociale, un sentiment...

 

Evaluation des lectures cursives

 Bonjour les troisièmes,

L'évaluation de lecture sur La Place d'Annie Ernaux et Un secret de Philippe Grimbert est maintenue le lundi 12 octobre comme prévu.

Bonne fin de semaine.

Se raconter, se représenter-L' art du portrait- travail à réaliser pour mardi 13 octobre

 

Enjeu de formation personnelle : se chercher, se construire

Enjeu littéraire : se raconter, se représenter

Textes et document iconographique

 

A — Michel Leiris [1901-1990], L’Âge d’homme, © Éditions Gallimard, 1939.

B — François de La Rochefoucauld [1613-1680], Recueil des portraits et éloges, 1659.

C — Denis Diderot [1713-1784], Salon de 1767.

D — Document iconographique. Louis-Michel Van Loo [1707-1771], Denis Diderot, écrivain, 1767,

Le Louvre.

Texte A — Michel Leiris, L’Âge d’homme

 

[L’Âge d’homme est une autobiographie rédigée par Michel Leiris.]

 

Je viens d’avoir trente-quatre ans, la moitié de la vie. Au physique, je suis de taille moyenne, plutôt petit. J’ai des cheveux châtains coupés court afin d’éviter qu’ils ondulent, par crainte aussi que ne se développe une calvitie menaçante. Autant que je puisse en juger, les traits caractéristiques de ma physionomie sont : une nuque très droite, tombant verticalement comme une muraille ou une falaise, marque classique (si l’on en croit les astrologues) des personnes nées sous le signe du taureau; un front développé, plutôt bossué, aux veines temporales exagérément noueuses et saillantes. Cette ampleur de front est en rapport (selon le dire des astrologues) avec le signe du bélier ; et en effet je suis né un 20 avril, donc aux confins de ces deux signes : le bélier et le taureau. Mes yeux sont bruns, avec le bord des paupières habituellement enflammé ; mon teint est coloré ; j’ai honte d’une fâcheuse tendance aux rougeurs et à la peau luisante. Mes mains sont maigres, assez velues, avec des veines très dessinées ; mes deux majeurs, incurvés vers le bout, doivent dénoter quelque chose d’assez faible, d’assez fuyant dans mon caractère. Ma tête est plutôt grosse pour mon corps ; j’ai les jambes un peu courtes par rapport à mon torse, les épaules trop étroites relativement aux hanches. Je marche le haut du corps incliné en avant ; j’ai tendance, lorsque je suis assis, à me tenir le dos voûté; ma poitrine n’est pas très large et je n’ai guère de muscles. J’aime à me vêtir avec le maximum d’élégance; pourtant, à cause des défauts que je viens de relever dans ma structure et de mes moyens qui, sans que je puisse me dire pauvre, sont plutôt limités, je me juge d’ordinaire profondément inélégant : j’ai horreur de me voir à l’improviste dans une glace car, faute de m’y être préparé, je me trouve à chaque fois d’une laideur humiliante.

 

Texte B — François de La Rochefoucauld, Recueil des portraits et éloges

 

Je suis d’une taille médiocre, libre et bien proportionnée. J’ai le teint brun mais assez uni, le front élevé et d’une raisonnable grandeur, les yeux noirs, petits et enfoncés, et les sourcils noirs et épais, mais bien tournés. Je serais fort empêché à dire de quelle sorte j’ai le nez fait, car il n’est ni camus (1) ni aquilin (2), ni gros, ni pointu, au moins à ce que je crois. Tout ce que je sais, c’est qu’il est plutôt grand que petit, et qu’il descend un peu trop bas. J’ai la bouche grande, et les lèvres assez rouges d’ordinaire, et ni bien ni mal taillées. J’ai les dents blanches, et passablement bien rangées. On m’a dit autrefois que j’avais un peu trop de menton: je viens de me tâter et de me regarder dans le miroir pour savoir ce qui en est, et je ne sais pas trop bien qu’en juger. Pour le tour du visage, je l’ai ou carré ou en ovale; lequel des deux, il me serait fort difficile de le dire. J’ai les cheveux noirs, naturellement frisés, et avec cela assez épais et assez longs pour pouvoir prétendre en belle tête. J’ai quelque chose de chagrin et de fier dans la mine ; cela fait croire à la plupart des gens que je suis méprisant, quoique je ne le sois point du tout. J’ai l’action fort aisée, et même un peu trop, et jusques à faire beaucoup de gestes en parlant. Voilà naïvement comme je pense que je suis fait au-dehors, et l’on trouvera, je crois, que ce que je pense de moi là-dessus n’est pas fort éloigné de ce qui en est. J’en userai avec la même fidélité dans ce qui me reste à faire de mon portrait ; car je me suis assez étudié pour me bien connaître, et je ne manque ni d’assurance pour dire librement ce que je puis avoir de bonnes qualités, ni de sincérité pour avouer franchement ce que j’ai de défauts.

 

(1) court et aplati (2) fin et busqué en forme de bac d’aigle

 

 

 

 

 

Texte C — Denis Diderot, Salon de 1767

 

[ Diderot lui-même fait la description du tableau de Van Loo ( document D) dans ses écrits de critique d’art . ]

 

Moi. J’aime Michel, mais j’aime encore mieux la vérité. Assez ressemblant ; très vivant ; c’est sa douceur, avec sa vivacité ; mais trop jeune, tête trop petite, joli comme une femme, lorgnant, souriant, mignard (1), faisant le petit bec, la bouche en cœur ; et puis un luxe de vêtement à ruiner le pauvre littérateur, si le receveur de la capitation (2) vient l’imposer sur sa robe de chambre. L’écritoire, les livres, les accessoires aussi bien qu’il est possible, quand on a voulu la couleur brillante et qu’on veut être harmonieux. Pétillant de près, vigoureux de loin, surtout les chairs. Du reste, de belles mains bien modelées, excepté la gauche qui n’est pas dessinée. On le voit de face; il a la tête nue; son toupet gris, avec sa mignardise, lui donne l’air d’une vieille coquette qui fait encore l’aimable ; la position d’un secrétaire d’État et non d’un philosophe. La fausseté du premier mouvement a influé sur tout le reste. C’est cette folle de madame Van Loo qui venait jaser avec lui, tandis qu’on le peignait, qui lui a donné cet air-là et qui a tout gâté.

[…] Il fallait le laisser seul et l’abandonner à sa rêverie. Alors sa bouche se serait entrouverte, ses regards distraits se seraient portés au loin, le travail de sa tête fortement occupée se serait peint sur son visage, et Michel eût fait une belle chose. Mon joli philosophe, vous me serez un témoignage précieux de l’amitié d’un artiste, excellent artiste, plus excellent homme. Mais que diront mes petits-enfants, lorsqu’ils viendront à comparer mes tristes ouvrages avec ce riant, mignon, efféminé, vieux coquet-là !  Mes enfants, je vous préviens que ce n’est pas moi. J’avais en une journée cent physionomies diverses, selon la chose dont j’étais affecté. J’étais serein, triste, rêveur, tendre, violent, passionné, enthousiaste ; mais je ne fus jamais tel que vous me voyez là. J’avais un grand front, des yeux très vifs, d’assez grands traits, la tête tout à fait du caractère d’un ancien orateur, une bonhomie qui touchait de bien près à la bêtise, à la rusticité des anciens temps.

 

(1) gracieux, délicat   (2) taxe ancienne

 

D — Document iconographique — Denis Diderot, écrivain, Louis-Michel Van Loo,

1767, huile sur toile, Le Louvre

 


VOTRE TRAVAIL:

1)   En quoi le texte de Diderot (texte C) diffère-t-il des deux autres ?

 

2)   En prenant appui sur le corpus proposé et sur vos lectures personnelles, vous réfléchissez à l’intérêt et aux difficultés qu’il peut y avoir à se peindre soi-même. (10 lignes minimum)

 

3)   Le peintre Van Loo défend son œuvre et tente de démontrer à Diderot que seule la peinture permet de tracer un véritable portrait. L’écrivain estime quant à lui que seule l’écriture permet d’atteindre ce but. Vous présenterez ce débat sous la forme d’un dialogue argumentatif entre le peintre et l’écrivain et donnerez le dernier mot à l’interlocuteur de votre choix. ( 20 lignes minimum)